
Zogbodomey : quand la crue de Kpokissa vire au drame humain et économique
Réseaux routiers submergés, terres cultivables dévastées, jeunesse mise en péril : à Kpokissa, l’accès de colère des eaux replonge toute une communauté dans la détresse. Face à un calvaire devenu récurrent, la gratuité des aides d’urgence ne saurait plus masquer le cri du cœur des riverains : ils exigent des réformes structurelles pérennes.
Au cœur de la commune de Zogbodomey, le retour des précipitations diluviennes ne résonne plus comme une bénédiction pour la terre, mais comme le présage d’un nouveau cauchemar. L’extension soudaine du lit de la rivière a littéralement paralysé la principale artère routière menant à Kpokissa, coupant les habitants du reste de la commune et asphyxiant les échanges commerciaux. Dans ce territoire régulièrement éprouvé par les caprices de la météo, la vie quotidienne prend désormais les airs d’une éprouvante traversée du désert.
Des conséquences dévastatrices sur les cultures et les ménages
Les stigmates de cette montée des eaux sont cuisants : paralysie de l'économie locale, circulation entravée et pan de terres agricoles submergé. Pour la communauté paysanne, le bilan est lourd. L'anéantissement de nombreuses parcelles vient fragiliser un bassin de vie dont la subsistance repose quasi exclusivement sur les travaux champêtres.

D'après Paul Dègan, porte-parole du chef du village de Kpokissa Centre (Antoine Bigo), l'impétuosité inattendue de la crue a pris de court les habitants, neutralisant leurs reflexes habituels de prévention. Cette soudaineté a grandement aggravé la vulnérabilité des installations et amplifié les dégâts matériels.
Une jeunesse exposée aux périls de l'eau
Néanmoins, au-delà de la détresse financière, c'est l'intégrité physique des résidents qui préoccupe au plus haut point. La transformation de sentiers habituels en véritables marécages mouvants rend la circulation périlleuse, en particulier pour les élèves. Contraints d'arpenter ces voies englouties pour rejoindre leurs bancs d'école, ces jeunes pousses défient chaque jour l'imprévisibilité d'une montée des eaux fulgurante.
Devant la gravité de la situation, les appels à l'aide se font pressants. Mathieu Aboiki, à la tête du village de Gba, lance un cri d'alarme solennel à l'endroit des autorités étatiques afin qu'elles mettent en place des mécanismes de protection robustes pour soustraire durablement la population aux affres de ces inondations répétées.
De la charité d'urgence aux réformes d'envergure
Alertée par le sinistre, la municipalité de Zogbodomey assure suivre le phénomène avec attention. Le maire Ludovic Daniel Houéssè a annoncé une batterie de mesures conservatoires, incluant la distribution de rations alimentaires, l'acheminement d'eau potable ainsi que le déploiement de kits de purification afin de prévenir l'apparition d'épidémies ou de pathologies hydriques.
Si ces secours d’urgence apportent une bouffée d'oxygène indispensable, ils ne constituent en aucun cas une réponse définitive à une tragédie cyclique. À Kpokissa, la population réclame un plan d'action d'envergure : surélévation et viabilisation des voies d’accès, sécurisation des trajets scolaires, sanctuarisation des bassins agricoles et implantation d'outils d'alerte précoce plus performants.
À Kpokissa, la pluie a perdu sa poésie. Autrefois promesse de récoltes abondantes, elle incarne désormais une menace permanente pour des ménages qui refusent d'être condamnés à l'éternelle résignation.



