
sante
SANTÉ INFANTILE À COTONOU
Par Patrick Hervé YOBODE • 25/06/2026
L’ultime sursaut pour sauver les nourrissons d’Akpakpa
SANTÉ INFANTILE À COTONOU
L’ultime sursaut pour sauver les nourrissons d’Akpakpa
Ce jeudi 28 mai 2026, la caravane de plaidoyer pour la vaccination de routine a jeté ses dernières forces dans la bataille à Cotonou. Objectif : briser les résistances culturelles et mobiliser les leaders communautaires d'Akpakpa pour inverser des indicateurs alarmants.
Cotonou, septième et dernière étape de la tournée itinérante de communication et de plaidoyer pour la promotion de la vaccination de routine, accueille depuis ce matin l’équipe de Gangan Production. Mandatée par l’Agence Nationale des Soins de Santé Primaires (ANSSP) et l’UNICEF, cette caravane de l’espoir s’est donné pour mission de conquérir le dernier bastion des communes à faible taux vaccinal du département du Littoral.
Dans la salle de réunion du 1er arrondissement à Dandji, l’atmosphère était à la fois solennelle et électrique. Élus locaux, têtes couronnées et leaders religieux soit une cinquantaine de décideurs communautaires ont répondu à l'appel des agents de santé des zones sanitaires 2, 3 et 1, 4, mobilisés comme un seul homme pour la cause de l'enfance.
Le constat d’urgence : le silence coupable des berceaux
Derrière les discours protocolaires portés par Humbert Boko, le Chef du 1er arrondissement Comlan Florent Pédro et son homologue du 2ème arrondissement Prosper Akouègnon Gogoyi, se cache une réalité froide, implacable. C’est le Dr Georges Ahodonnon, Chef Service Santé Publique et de la Riposte du Littoral, qui a d'abord planté le décor, suivi par le Dr Belphate Yaha, Médecin-chef d’Avotrou, dont l'exposé des indicateurs de performance a agi comme un électrochoc.
Les chiffres de l'année 2025 sont sans appel : à Akpakpa, les mères désertent massivement les centres de santé, privant leurs nourrissons des vaccins essentiels. Si le premier trimestre 2026 esquisse une timide inflexion positive, le chemin à parcourir reste immense. L’indifférence tue encore à bas bruit.
Abattre les barrières invisibles : le plaidoyer en langue Zerma
L’un des moments forts de cette matinée fut sans conteste l'intervention de la CRAMS, Falila Imorou Amagnan. Pointant du doigt l'un des angles morts de la couverture vaccinale, elle a orchestré la venue d'un représentant des communautés Zerma et Haoussa. Au sein de ces groupes, la vaccination de routine est un concept ignoré, voire rejeté. La raison ? Un déficit criant de communication adaptée.
Rompant avec le formalisme, la CRAMS a pris la parole en langue Zerma, traduisant les enjeux de vie et de mort en mots de cœur et de raison. Touché par cette démarche inclusive, le représentant communautaire s'est engagé à devenir l'ambassadeur de ce plaidoyer auprès des siens. Face à l'évidence de ces vies brisées par des maladies pourtant évitables, l'union sacrée s'est scellée : leaders d'opinion et têtes couronnées se sont dits prêts à descendre dans l'arène pour inverser définitivement la courbe vaccinale à Akpakpa.
Vers une révolution numérique de la santé
Avant que l'assemblée ne se sépare, le Chef du 2ème arrondissement, Prosper Akouègnon Gogoyi, a projeté le débat dans l'avenir en saluant la synergie fructueuse entre l'ANSSP, l'UNICEF et Gangan Production. Il a formulé une proposition avant-gardiste qui a soulevé l'enthousiasme général : la digitalisation intégrale de la vaccination de routine au Bénin.
Un tel dispositif permettrait de suivre en temps réel chaque nourrisson dans son calendrier vaccinal, faisant fi de la mobilité ou des déplacements de ses parents à travers le territoire national. Une idée de génie, saluée par des salves d'applaudissements et adoubée par le corps médical présent.
La caravane vient juste de prendre ses quartiers ici, mais le sursaut d'Akpakpa vient de commencer. Les leaders sont investis, les esprits sont éveillés. Il ne reste plus qu'à transformer ce plaidoyer en actes, pour qu'aucun enfant béninois ne soit plus jamais le martyr de l'ignorance.

